À l'aise, alerte, jeune, Youssou N'Dour, 48 ans, publie Rokku Mi Rokka, son huitième album international - les cassettes et disques parus dans son pays, au Sénégal, sont un autre pan de sa carrière. Les deux sont d'ailleurs ici réconciliés sous forme d'un second CD de cinq titres bonus extraits de Alsaama Day, un disque de mblax, style qui a fait la fortune de Youssou N'Dour, paru à Dakar en avril.
Fabriquées pour danser, avec synthés et embardées vocales, ces chansons ravissent toujours et encore le public sénégalais, tandis qu'ailleurs, la qualité du travail musical de l'enfant de la médina séduit les partisans de l'audace. Ce double ancrage est sans aucun doute l'un des secrets du succès de Youssou N'Dour.
En 2004, la star avait réalisé un coup de force : marier la musique africaine avec l'Egypte, dans Egypt, une ode à l'islam soufi des confréries sénégalaises. Violons, grand orchestre oriental, tambours et balafons. Aujourd'hui Youssou N'Dour change à nouveau de cap, partant à la conquête du Nord, en s'appuyant sur ses connaissances occidentales, machines et ordinateurs compris.
Toucouleur par sa grand-mère, une griotte qui lui donna le goût de la parole et le don de la voix, le musicien a puisé l'inspiration de Rokku Mi Rokka (le titre est en pulaar, la langue des Toucouleur, soit 10 % de la population sénégalaise, alors qu'il parle et chante en wolof) aux frontières du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali sahélien.
LA SAGESSE DU BERGER
Invité sur Rokku Mi Rokka, sous-titré en anglais Give and Take, le musicien "maure et toucouleur" Mody Ba y côtoie le chanteur né en Mauritanie Ousmane Guangue, ou encore le joueur de n'goni (quatre cordes, un son de banjo rural) Bassekou Kouyaté, complice de feu Ali Farka Touré.
Ceux-là auront servi de passeurs pour un disque de parfaits métissages, que résume Pullo Ardo, chanson alerte dédiée à la sagesse du berger, où la batterie occidentale et fine d'Alain Berge apporte en légèreté, ou encore Baay Faal, du nom du fondateur d'une confrérie mouride, avec youyous et rythmes syncopés tricotés à la guitare électrique et soutenus par les gamineries du tama, le tambour à aisselle.
Youssou N'Dour commente quarante-quatre ans d'indépendance du Sénégal (4-4-44, écrite en 2004), les combats de lutte (Sportif), l'intelligence humaine (Xel), l'unité africaine et tous ces sujets qui tiennent à coeur à cet infatigable militant des justes causes. Enfin, il retrouve celle avec qui il avait connu un succès planétaire en 1994, Neneh Cherry, ici en rappeuse avec son groupe cirKus. Loin de Seven Seconds, Wake Up (Africa Calling) est une sorte de reggae musclé pour penseurs positifs. C'est donc seul que Youssou N'Dour chante l'amour, avec un superbe Létt Ma ("irrésolution"), traversé par les éclairs d'une voix qui compte sans aucun doute actuellement parmi les plus belles au monde.
Source: Le Monde
(M)
Fabriquées pour danser, avec synthés et embardées vocales, ces chansons ravissent toujours et encore le public sénégalais, tandis qu'ailleurs, la qualité du travail musical de l'enfant de la médina séduit les partisans de l'audace. Ce double ancrage est sans aucun doute l'un des secrets du succès de Youssou N'Dour.
En 2004, la star avait réalisé un coup de force : marier la musique africaine avec l'Egypte, dans Egypt, une ode à l'islam soufi des confréries sénégalaises. Violons, grand orchestre oriental, tambours et balafons. Aujourd'hui Youssou N'Dour change à nouveau de cap, partant à la conquête du Nord, en s'appuyant sur ses connaissances occidentales, machines et ordinateurs compris.
Toucouleur par sa grand-mère, une griotte qui lui donna le goût de la parole et le don de la voix, le musicien a puisé l'inspiration de Rokku Mi Rokka (le titre est en pulaar, la langue des Toucouleur, soit 10 % de la population sénégalaise, alors qu'il parle et chante en wolof) aux frontières du Sénégal, de la Mauritanie et du Mali sahélien.
LA SAGESSE DU BERGER
Invité sur Rokku Mi Rokka, sous-titré en anglais Give and Take, le musicien "maure et toucouleur" Mody Ba y côtoie le chanteur né en Mauritanie Ousmane Guangue, ou encore le joueur de n'goni (quatre cordes, un son de banjo rural) Bassekou Kouyaté, complice de feu Ali Farka Touré.
Ceux-là auront servi de passeurs pour un disque de parfaits métissages, que résume Pullo Ardo, chanson alerte dédiée à la sagesse du berger, où la batterie occidentale et fine d'Alain Berge apporte en légèreté, ou encore Baay Faal, du nom du fondateur d'une confrérie mouride, avec youyous et rythmes syncopés tricotés à la guitare électrique et soutenus par les gamineries du tama, le tambour à aisselle.
Youssou N'Dour commente quarante-quatre ans d'indépendance du Sénégal (4-4-44, écrite en 2004), les combats de lutte (Sportif), l'intelligence humaine (Xel), l'unité africaine et tous ces sujets qui tiennent à coeur à cet infatigable militant des justes causes. Enfin, il retrouve celle avec qui il avait connu un succès planétaire en 1994, Neneh Cherry, ici en rappeuse avec son groupe cirKus. Loin de Seven Seconds, Wake Up (Africa Calling) est une sorte de reggae musclé pour penseurs positifs. C'est donc seul que Youssou N'Dour chante l'amour, avec un superbe Létt Ma ("irrésolution"), traversé par les éclairs d'une voix qui compte sans aucun doute actuellement parmi les plus belles au monde.
Source: Le Monde
(M)