Les réfugiés mauritaniens
Fête de l'indépendance de Mauritanie : Les réfugiés mauritaniens la célèbrent dans la douleur
Walfadjri du 28-11-2005
Si dans les éphémérides mauritaniennes, la date du 28 novembre renvoie à la fin du colonialisme français, chez les Négro-Mauritaniens, elle symbolise le carnage du Camp d'Inal. En effet, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, vingt-huit parmi les leurs avaient été exécutés. Pour célèbrer à leur manière l'anniversaire de ce triste évènement, les Flam ont organisé hier une journée en la mémoire de ces disparus. Avec au menu, conférence de presse, témoignages et exposition-photos.
La Mauritanie célèbre ce lundi le quarante-cinquième anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Toufefois, si à Nouakchott, les chameaux et les soldats vont parader devant le nouvel homme fort du régime, au Sénégal, c'est sous le signe du deuil que les Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam) entendent commémorer cette date. Parce que, dans le tréfonds de leur mémoire, cette date coïncide avec l'exécution au Camp d'Inal, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, de vingt-huit Négro-Mauritaniens froidement assassinés par leurs "frères d'armes". "Le 28 novembre ne peut plus jamais être ce jour d'optimisme où les Négro-Mauritaniens du Waalo Barak, du Fuuta Tooro et du Gidimaxa et les Arabo-Berbères étaient libérés du joug du colonialisme français", lit-on dans la déclaration préliminaire à la conférence de presse que les Flam ont tenue hier. "Depuis le 28 novembre 1990, ce grand jour de libération du colonialisme s'est transformé en un jour de douleur et de grande souffrance, un jour de larmes, un jour de deuil, de tristesse pour toutes celles et tous ceux qui ont perdu d'autres êtres chers", ajoute la déclaration.
Présents au Sénégal, pour la plupart d'entre eux, depuis 1990, ces citoyens mauritaniens qui ont été déportés au Sénégal, au lendemain des événements sénégalo-mauritaniens, continuent à revendiquer ce qu'ils appellent leur "mauritanité".
La réconciliation nationale prônée par les nouvelles autorités mauritaniennes ne les laisse pas indifférents. Selon eux, celle-ci passe par le règlement de certains préalables. Il s'agit, entre autres, de l'organisation d'un retour des déportés sous l'égide du Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (Hcr) et de la restitution à leurs propriétaires des biens expropriés ou d'une réparation par équivalent par le biais d'une indemnisation intégrale. Le tout devrait, selon eux, se faire avec l'implication des pays d'accueil (Sénégal, Mali, France, etc.). Outre la satisfaction de ces conditions, les Flam exigent la tenue d'une conférence nationale, la mise en place d'une commission vérité et réconciliation, l'éradication définitive de l'esclavage, etc. Ce n'est que si ces conditions sont réunies que les Flam pourront participer au jeu politique en cours en Mauritanie.
Les conférenciers ont profité de l'occasion pour poser un certain nombre de problèmes parmi lesquels l'identification des réfugiés à travers l'octroi à toutes les personnes bénéficiaires de ce statut d'une carte d'identité d'étranger, la scolarisation des enfants des réfugiés interrompue depuis l'arrêt de l'assistance du Hcr, le règlement de l'état-civil de ces mêmes enfants, dont la plupart sont nés au Sénégal.
Le témoignage de Kane Ibrahima Amadou, un rescapé de la tristement célèbre prison de Walata, a suivi la conférence de presse. Cet ancien garde républicain mauritanien incarcéré après le coup d'Etat militaire de 1987, a livré à l'assistance des témoignages poignants sur les conditions dans lesquelles les prisonniers de Walata étaient traités. Après, place a été faite à une exposition-photo des figures emblématiques de la lutte des Négro-Mauritaniens contre l'oppression arabo-berbère. Cette exposition a mis fin à cette journée de commémoration, dont l'objectif est de favoriser la création d'un Comité pour la journée des martyrs négro-mauritaniens. Les fonds récoltés par ce comité serviront à la construction d'un "Mémorial des pendus du 28 novembre 1990".
Ibrahima ANNE
Walfadjri du 28-11-2005
Si dans les éphémérides mauritaniennes, la date du 28 novembre renvoie à la fin du colonialisme français, chez les Négro-Mauritaniens, elle symbolise le carnage du Camp d'Inal. En effet, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, vingt-huit parmi les leurs avaient été exécutés. Pour célèbrer à leur manière l'anniversaire de ce triste évènement, les Flam ont organisé hier une journée en la mémoire de ces disparus. Avec au menu, conférence de presse, témoignages et exposition-photos.
La Mauritanie célèbre ce lundi le quarante-cinquième anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. Toufefois, si à Nouakchott, les chameaux et les soldats vont parader devant le nouvel homme fort du régime, au Sénégal, c'est sous le signe du deuil que les Forces de libération africaines de Mauritanie (Flam) entendent commémorer cette date. Parce que, dans le tréfonds de leur mémoire, cette date coïncide avec l'exécution au Camp d'Inal, dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, de vingt-huit Négro-Mauritaniens froidement assassinés par leurs "frères d'armes". "Le 28 novembre ne peut plus jamais être ce jour d'optimisme où les Négro-Mauritaniens du Waalo Barak, du Fuuta Tooro et du Gidimaxa et les Arabo-Berbères étaient libérés du joug du colonialisme français", lit-on dans la déclaration préliminaire à la conférence de presse que les Flam ont tenue hier. "Depuis le 28 novembre 1990, ce grand jour de libération du colonialisme s'est transformé en un jour de douleur et de grande souffrance, un jour de larmes, un jour de deuil, de tristesse pour toutes celles et tous ceux qui ont perdu d'autres êtres chers", ajoute la déclaration.
Présents au Sénégal, pour la plupart d'entre eux, depuis 1990, ces citoyens mauritaniens qui ont été déportés au Sénégal, au lendemain des événements sénégalo-mauritaniens, continuent à revendiquer ce qu'ils appellent leur "mauritanité".
La réconciliation nationale prônée par les nouvelles autorités mauritaniennes ne les laisse pas indifférents. Selon eux, celle-ci passe par le règlement de certains préalables. Il s'agit, entre autres, de l'organisation d'un retour des déportés sous l'égide du Haut commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés (Hcr) et de la restitution à leurs propriétaires des biens expropriés ou d'une réparation par équivalent par le biais d'une indemnisation intégrale. Le tout devrait, selon eux, se faire avec l'implication des pays d'accueil (Sénégal, Mali, France, etc.). Outre la satisfaction de ces conditions, les Flam exigent la tenue d'une conférence nationale, la mise en place d'une commission vérité et réconciliation, l'éradication définitive de l'esclavage, etc. Ce n'est que si ces conditions sont réunies que les Flam pourront participer au jeu politique en cours en Mauritanie.
Les conférenciers ont profité de l'occasion pour poser un certain nombre de problèmes parmi lesquels l'identification des réfugiés à travers l'octroi à toutes les personnes bénéficiaires de ce statut d'une carte d'identité d'étranger, la scolarisation des enfants des réfugiés interrompue depuis l'arrêt de l'assistance du Hcr, le règlement de l'état-civil de ces mêmes enfants, dont la plupart sont nés au Sénégal.
Le témoignage de Kane Ibrahima Amadou, un rescapé de la tristement célèbre prison de Walata, a suivi la conférence de presse. Cet ancien garde républicain mauritanien incarcéré après le coup d'Etat militaire de 1987, a livré à l'assistance des témoignages poignants sur les conditions dans lesquelles les prisonniers de Walata étaient traités. Après, place a été faite à une exposition-photo des figures emblématiques de la lutte des Négro-Mauritaniens contre l'oppression arabo-berbère. Cette exposition a mis fin à cette journée de commémoration, dont l'objectif est de favoriser la création d'un Comité pour la journée des martyrs négro-mauritaniens. Les fonds récoltés par ce comité serviront à la construction d'un "Mémorial des pendus du 28 novembre 1990".
Ibrahima ANNE