L’ancien ministre Sidi Ould Cheikh Abdallahi, 69 ans, a été élu président à l’issue du deuxième tour des élections, le 25 mars, avec 52,85 % des suffrages, selon les résultats provisoires proclamés le 26 mars par le ministre de l’Intérieur. L’investiture du nouveau président devrait avoir lieu le 19 avril. Il devra alors nommer un Premier ministre et s’atteler à une lourde tâche, celle de mener la vraie transition, après celle des militaires.
De l’avis de tous, c’est une nouvelle transition, qui attend le nouveau président mauritanien, après celle instaurée par les militaires le 3 août 2005. «Ses premiers actes seront très importants, car ils marqueront soit la continuité des réformes entamées ces derniers mois, soit le retour en arrière», commente le directeur d’une société publique. Sidi Ould Cheikh Abdallahi devra d’abord prouver qu’il est le président de tous les Mauritaniens et en particulier des 47 % d’électeurs qui n’ont pas voté pour lui. Il se dit d’ores et déjà ouvert à tous et prêt à tendre la main à ses adversaires. «Il faut oublier l’atmosphère de la campagne et resserrer les rangs pour construire la Mauritanie», a-t-il déclaré dans sa première conférence de presse donnée après la proclamation des résultats ce 26 mars.
En finir avec le clientélisme
Un des premiers objectifs de Sidi Ould Cheikh Abdallahi est de construire un véritable Etat de droit, pour mettre fin au clientélisme et aux préférences tribales. Il a promis d’agir sans discrimination ni favoritisme et d’opérer un changement «profond, mais responsable et serein». C’est là aussi un vrai défi, vu les résistances qui existent dans le pays et dans son entourage politique direct, en majorité proche du président déchu Ould Taya.
Sur le plan économique, Sidi Ould Cheikh Abdallahi devra garantir une meilleure répartition des richesses. Depuis un an la Mauritanie est un pays producteur de pétrole mais beaucoup n’ont jamais vu la couleur de cet or noir. «J’oeuvrerai à construire un pays conformément à des bases sérieuses de justice et de développement économique qui puissent nous permettre de créer des opportunités de travail en particulier pour la jeunesse», a-t-il encore promis.
Autre chantier, remettre à niveau l’éducation, sinistrée depuis des années, et redresser le secteur de la santé. Pour se soigner, les Mauritaniens sont en effet souvent obligés de partir au Maroc ou au Sénégal. «Si tu n’as pas d’argent en poche à l’hôpital, personne ne te soigne», se plaint un habitant. Le dossier de toutes les questions relatives aux droits de l’homme devrait être l' un des premiers posés sur le bureau du futur président. Les militaires avaient refusé de s’en charger affirmant qu’ils n’avaient «ni la légitimité, ni le temps de traiter cette question».
Régler la question des négro-Mauritaniens
Le nouvel élu devra se charger entre autres de la résolution du passif humanitaire. Par cette expression, on évoque l’expulsion de dizaines de milliers de négro-Africains et la disparition de 500 militaires noirs dans les années 1989 à 1991. Aujourd’hui, les Mauritaniens qui ont été touchés au moment des faits attendent les excuses de l’Etat et la reconnaissance de ce qui s’est passé. Certains demandent une enquête pour que toute la vérité soit faite alors que d’autres, comme le candidat recalé au premier tour, Ibrahima Sarr, réclament un débat national.
Le futur président devra trouver les moyens de vérifier l’identité des milliers de réfugiés à l’extérieur et organiser leur retour, avec toutes les réparations nécessaires. D’autres ne sont jamais partis, mais ont perdu leur travail ou leur terre. Ils réclament aujourd’hui leurs droits. Sidi Ould Cheikh Abdallahi a déjà précisé qu’il ne travaillerait pas spécifiquement sur les relations entre les différentes composantes de la population. L’important pour lui est que chacun se sente citoyen à part entière. Et pour que chaque Mauritanien soit protégé, il entend mettre l’accent sur la justice et l’équité. «Je déploierai tous mes efforts pour l’instauration d’une pratique démocratique pacifique qui repose sur la tolérance et l’acceptation de l’autre», a-t-il promis le jour de son élection.
Parmi ses promesses, le nouveau président s’est engagé à régler le problème des réfugiés en moins d’un an. Il lui reste à convaincre son entourage de s’impliquer à ses côtés, sur toutes ces questions. A lui aussi de prouver aux Mauritaniens, que demain, le pouvoir et les richesses du pays seront mieux partagés.
De notre correspondante à Nouakchott
Marie pierre o.